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Puigdemont contraint de temporiser

10 octobre 2017 20:00
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«Les urnes ont dit “oui” à l'indépendance et c'est le chemin que je suis disposé à recourir. J'assume le mandat du peuple qui veut que la Catalogne soit un État indépendant sous forme de République», a d'abord annoncé le président régional catalan, l'indépendantiste Carles Puigdemont. Avant de préciser, une minute plus tard: «Nous proposons que le Parlement suspende cette déclaration pour entamer un dialogue afin d'arriver à une solution qui soit le fruit d'un accord».

Cette position d'équilibriste reprend la proposition d'un député européen du parti de Puigdemont, qui proposait d'imiter la voie slovène, pays qui lui aussi suspendit une déclaration d'indépendance pour négocier avec le pays qu'il souhaitait quitter, la Yougoslavie chancelante.

Au terme d'un discours de 40 minutes face au parlement régional catalan, Puigdemont a justifié sa proposition par une volonté de «désescalade». Le président catalan a reconnu la pluralité de ses citoyens et cité les manifestations différentes qui, en une semaine depuis le controversé référendum d'autodétermination, ont agité le quotidien des Catalans: mobilisations indépendantistes, mouvement en faveur du dialogue, rassemblements pour l'unité de l'Espagne.

Jusqu'au bout, Puigdemont a hésité sur le contenu du message qu'il devait adresser mardi soir au Parlement régional. À 18 heures, l'heure prévue pour son discours, Puigdemont réclamait une heure de plus avant de se diriger à la Chambre. Son entourage parlait de «contacts internationaux» pour justifier ce retard. La médiation internationale est devenue une obsession pour le camp séparatiste qui y verrait, autant qu'une porte de sortie honorable, une façon de donner au conflit une dimension internationale et à leurs positions une nouvelle respectabilité.

Du côté de l'opposition unioniste, le dirigeant en Catalogne du Parti populaire (PP, droite), la formation de Mariano Rajoy, expliquait que le retard se devait au contraire à un désaccord au sein du bloc indépendantiste. La CUP, le plus petit parti du Parlement catalan, tient un discours anticapitaliste et antisystème, et occupe les positions les plus intransigeantes en matière d'indépendance.

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Ces tergiversations de dernière minute illustraient en tout cas les très grandes difficultés de Puigdemont pour trouver la formule idéale. Il était impossible de satisfaire l'ensemble d'une société catalane profondément divisée par la question indépendantiste, impossible même de réjouir tout le monde au sein du très hétéroclite camp sécessionniste. Pendant une semaine, depuis l'annonce des résultats provisoires du référendum d'autodétermination par le porte-parole du gouvernement catalan, chacun a tenté de faire parvenir sa petite musique souverainiste à l'oreille souveraine de Puigdemont.

Parmi les plus radicaux, la CUP, pour qui il était hors de question de s'éloigner d'un iota de la Déclaration unilatérale d'indépendance, une DUI, selon le sigle consacré, pure et dure, à effet immédiat. Les deux grandes organisations indépendantistes, l'ANC et Omnium, qui mobilisent les masses en dehors des partis pour faire peser la pression de la rue, ont un discours un peu plus lissé sur la forme mais globalement similaire sur le fond. À ERC, le parti de centre gauche de longue tradition indépendantiste, aucune voix dissidente ne s'était fait entendre.

Au PDECat, en revanche, le parti de centre droit dont est issu Puigdemont, certains avaient appelé de manière plus ou moins implicite à renoncer à la déclaration d'indépendance. Santi Villa, par exemple, conseiller (ministre régional) aux Entreprises, avait réclamé un «cessez-le-feu» qui aurait consisté à ce que ni le gouvernement catalan ni le gouvernement espagnol ne prennent de mesures unilatérales.

Entre les deux, entre le jusqu'au-boutisme inflexible et la retraite en rase campagne, certains, notamment au PDECat, demandaient de moduler la déclaration. Ils ont finalement emporté la partie.

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Et à l'extérieur du bloc indépendantiste, une voix influente s'était fait entendre. La Maire de Barcelone, Ada Colau, proche de Podemos (gauche radicale), a toujours maintenu un difficile entre-deux, à l'image de son électorat que l'on sait divisé sur la question. Favorable jusque-là au principe d'un référendum d'autodétermination, Colau a pris ses distances lundi soir. «Les résultats du 1er octobre ne peuvent pas être un feu vert pour proclamer l'indépendance», a-t-elle lancé à Puigdemont, en allusion au scrutin tenu dans des conditions ne permettant pas de garantir la sincérité du vote. Dans le même temps, la Maire de la capitale catalane a réclamé un geste de dissension à Mariano Rajoy. Rajoy ne devrait pas, dans son opinion, appliquer l'article 155 de la Constitution, qui permet au pouvoir central d'exercer directement certaines prérogatives exercées habituellement par le gouvernement catalan.

Cet article 155 est dans la bouche de tous les analystes, spécialement depuis que l'on connaissait l'intention de Puigdemont de se diriger au parlement catalan. Jamais appliqué depuis l'adoption de la Constitution en 1978, il prévoit, «si une Communauté autonome ne respectait pas les obligations de la Constitutions et des lois, ou si elle agissait de manière à porter gravement atteinte à l'intérêt supérieur de l'Espagne», que le gouvernement puisse, après avoir officiellement requis à la région de rentrer dans le rang et obtenu l'autorisation du Sénat, «donner ses instructions à toutes les autorités de la Communauté autonome».

Pour Joan Marcet, professeur de Science politique à l'Université autonome de Barcelone, «L'article 155 ne permet pas, comme on le lit parfois, de suspendre l'autonomie de la Catalogne. Il s'agit de prendre des mesures concrètes pour lesquelles le gouvernement central doit demander l'autorisation du Sénat». Le contrôle des Mossos d'Esquadra est l'une des mesures les plus habituellement citées. La loyauté de la police régionale est en question depuis que les agents, suivant les instructions de leur hiérarchie, ont laissé organiser le référendum alors qu'ils avaient reçu l'ordre de la justice de l'empêcher.

Mardi soir, des sources du gouvernement central citées par plusieurs journaux espagnols assuraient que cette déclaration implicite était «inadmissible» et annonçaient des mesures «imminentes».

Source: lefigaro.fr

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