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« Ce n'est pas comme cela que le gouvernement va éteindre la colère des gilets jaunes »

4 décembre 2018 16:22
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INTERVIEW - Le président LR de la commission des Finances de l'Assemblée juge « totalement insuffisants » les gestes de l'exécutif. Il estime que « la colère a le droit de s'exprimer quand un gouvernement fait autant d'erreurs ».

Les gestes d'« apaisement » annoncés par Edouard Philippe sont-ils à la hauteur ?

Ils sont totalement insuffisants. Un moratoire , cela veut simplement dire retarder l'augmentation des taxes. Et lancer des débats en région sous la houlette des préfets pourrait faire sourire si le sujet n'était pas aussi grave. Je n'attends rien de tout cela. Il faut que le gouvernement change de politique, abandonne les mesures injustes et construise une politique solide.

Il passe son temps à dire qu'il corrige trente ans d'immobilisme, mais la vérité, c'est qu'il est contraint de réparer les dégâts qu'il a lui-même provoqués. Le désordre d'aujourd'hui, ce sont les fruits de dix-huit mois d'erreurs de ce gouvernement et ce n'est pas autre chose.

Il est donc légitime que les « gilets jaunes » continuent de descendre dans la rue...

Moi je n'appelle jamais les gens à descendre dans la rue. Je condamne tout débordement et toute violence. Mais la colère, elle est là et ce n'est pas comme cela que le gouvernement va l'éteindre. Elle a le droit de s'exprimer quand un gouvernement fait autant d'erreurs.

A minima, il faut supprimer les hausses de taxes sur les carburants pour l'année 2019. Il faut aussi conditionner l'augmentation de la fiscalité verte à la réduction plus importante d'autres taxes, à la baisse de la dépense publique - parce que sans réduction de la dépense publique, on ne peut pas baisser les taxes - et, pour que ce soit supportable, à une hausse du pouvoir d'achat des Français.

Il faut que le gouvernement corrige le tir et supprime l'augmentation de la CSG sur les retraités. Il faut revenir au taux initial et réindexer - parce qu'on est en période d'inflation - le montant des pensions d'invalidité et de retraite. C'est avec cette mesure inefficace et injuste que l'exécutif a envoyé dans l'opinion le signal de l'iniquité fiscale. Evidemment, revenir sur cette décision a un coût ; au gouvernement de trouver les moyens de la financer.

Il faut arrêter ce pouvoir d'achat déclinant pour les 20 % des Français les plus modestes. Sinon, on déclenchera la révolution dans notre pays. La vérité, c'est que je ne crois pas que le pouvoir d'achat soit affaire de taxes. Si les revenus d'activité ne progressent pas, il n'y aura pas de pouvoir d'achat. C'est par la compétitivité des entreprises qu'il faut construire une possibilité d'augmentation des salaires.

Faut-il s'affranchir de la règle des 3 % de déficit pour financer ces baisses de taxes qui coûterait au moins 8 milliards ?

Il n'est absolument pas question de s'en exonérer. La France est l'un des derniers pays européens avec un déficit proche de 3 %, même si je ne méconnais pas l'effet exceptionnel provoqué par la bascule du CICE en baisse de charges. Pour autant, il y a une façon très simple de respecter cette règle, c'est de s'attaquer enfin à la question des dépenses publiques. C'est un domaine où le gouvernement n'a jamais rien proposé, alors que Les Républicains ont proposé un document complet sur le sujet il y a trois semaines .

La crise des « gilets jaunes » a également fait renaître le débat sur la nécessité de rétablir l'ISF...

Il ne faut pas rétablir l'ISF. C'était un impôt inique, avec des effets délétères sur le tissu industriel, et qui n'existe quasiment pas ailleurs en Europe. Rappelons également qu'il s'ajoutait à une imposition sur les revenus et les droits de succession déjà importante, avec un taux marginal qui dépasse les 55 % en tenant compte de la CSG.

Êtes-vous favorable à un référendum sur la politique écologique et fiscale, comme le propose Laurent Wauquiez ?

Laurent Wauquiez a raison. Dans une démocratie, demander son avis aux électeurs ne peut jamais être une erreur. Mais en complément de tout ce que j'ai proposé.

Source: lesechos.fr

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