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Melania Trump, naissance d’une First Lady

13 octobre 2017 05:58
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Melania Trump, naissance d’une First Lady

LE PARISIEN WEEK-END. Melania Trump a longtemps fui la politique, qui le lui rendait bien. Mais après quelques mois très discrets au sommet du pouvoir, la première dame semble s’affirmer aux côtés de Donald Trump. Et conforter une popularité qui manque tant à la Maison Blanche.

Sur le tarmac baigné de soleil de l’aéroport de Toronto (Canada), ce 23 septembre 2017, une Melania Trump rayonnante descend seule les marches de son imposant avion officiel. Invitée à la cérémonie d’ouverture des Invictus Games, une compétition sportive internationale pour anciens combattants créée en 2014, la première dame des Etats-Unis enchaîne ce jour-là les apparitions publiques ; entretien avec le prince Harry, à l’origine de l’événement sportif, visite informelle à la famille Trudeau et discours devant la délégation américaine avant de conclure par la cérémonie d’ouverture. Donald Trump était, lui, parti golfer dans son club privé du New Jersey. Après les débuts laborieux du nouveau couple le plus puissant d’Amérique, la Maison Blanche a vigoureusement insisté : le déplacement canadien doit achever par un succès l’installation de cette iconoclaste dans ses nouvelles fonctions.

L’occasion n’a pas été choisie au hasard. Bien qu’elle commette encore quelques faux-pas sur la scène intérieure, comme lorsqu’elle a chaussé des talons aiguilles pour se rendre au Texas dévasté par l’ouragan Harvey, la nouvelle première dame se déploie avec talent au gré des voyages diplomatiques et de leurs somptueuses réceptions officielles. Revêtir les plus belles robes, se plier aux séances photo imposées par le protocole, monter et descendre d’Air Force One, l’avion présidentiel, face aux objectifs des caméras du monde entier... De Paris à Riyad en passant par Rome,Melania, ex-mannequin rompue aux mondanités et parlant couramment cinq langues, tient le rang réservé aux First Ladies américaines. Serait-elle finalement à la hauteur de la fonction ? D’après un récent sondage publié par la chaîne de télévision conservatrice Fox News, sa cote de popularité s’établirait désormais à 51 %, en hausse de 14 points en dix mois. Au matin du 9 novembre 2016, alors que l’Amérique découvrait avec effroi l’identité de son nouveau président, son épouse n’enthousiasmait guère plus les foules. Melania Trump à la Maison Blanche, c’était, au mieux, une faute de goût, au pire, une honte nationale.

Donald Trump et Melania (ici en 2002) se sont rencontrés en 1998 et mariés en 2005. C’est la troisième femme du milliardaire américain. (M. Peterson/Réa)

Née en 1970 à Novo Mesto, petite ville d’une austère région agricole d’ex-Yougoslavie, Melanija Knavs sera passée, en l’espace de deux décennies, du statut de mannequin de seconde zone à résidente de la Maison Blanche, cockpit politico-militaire de l’hémisphère occidental. Débarquée à New York en 1996 pour relancer sa carrière de mannequin, elle rencontre Donald Trump dans une boîte de nuit huppée de Manhattan en 1998. Il a 52 ans, elle en a 28. Déjà bien connu des Américains, l’homme d’affaires s’entiche de la jeune immigrée slovène et quitte dans la foulée sa deuxième épouse, la sulfureuse actrice Marla Maples, 45 ans. Lorsqu’il passe la bague au doigt de Melania, en janvier 2005, face à un parterre de célébrités, dont l’ancien couple présidentiel Clinton, elle peut être comblée. Désormais à l’abri du besoin pour le reste de sa vie, elle fait émigrer ses parents à New York, multiplie les unes de magazines de mode et met bientôt au monde un fils, Barron. A désormais 35 ans, elle aspire alors à une vie tranquille dans la Trump Tower, le gratte-ciel de Donald, une bulle dorée à Manhattan.

C’est sans compter l’inextinguible soif de célébrité de son mari. Très vite, la troisième madame Trump apprend à composer avec les frasques d’un homme dont l’émission de téléréalité « The Apprentice », un Koh-Lanta dans le monde des affaires, fait exploser la notoriété. Dans les années 2000, il est, plus que jamais, ivre de son propre succès. Elle lui passe tout, des multiples infidélités aux humiliations publiques, comme lorsqu’il la pousse, en 1999, à raconter par le menu leur vie sexuelle à la radio. New York, habituée aux extravagances de ses millionnaires, rit sous cape. Donnant le change, Melania tente d’exister par elle-même et lance, avec succès dans un premier temps, une marque de bijoux vendus par téléachat, puis de cosmétiques. L’aventure se finira par un rocambolesque procès avec l’entreprise censée assurer la production de ses crèmes à l’extrait de caviar.

Jusque-là plutôt léger, le fond de l’air change une première fois lorsque le démon de la politique s’empare de Donald Trump, en 2011. L’homme d’affaires, qui avait déjà caressé l’idée d’une candidature à la présidentielle en 1999, laisse alors une nouvelle fois entendre qu’il pourrait être candidat et prend la tête du mouvement des birthers. Des conspirationnistes qui accusent Barack Obama, alors en campagne pour sa réélection, de ne pas être né aux Etats-Unis, et réclament la publication de son certificat de naissance afin de lever les doutes sur son éligibilité. Bien qu’étant elle-même d’origine étrangère, Melania Trump n’hésitera pas à défendre des thèses aux relents xénophobes à la télévision en avril 2011 : « En un sens, ce serait plus simple qu’il nous montre enfin son certificat de naissance. Il n’y a pas que Donald qui veuille le voir, le peuple américain aussi ! » De guerre lasse, Obama publiera le document pour clore la polémique. Le milliardaire newyorkais a atteint ses objectifs : s’imposer comme une forcepolitique, faire plier le président et acquérir un début de popularité dans la base conservatrice du parti républicain, dont la radicalisation commence à poindre.

En coulisse, Melania Trump panique pourtant à l’idée de voir son mari mettre à exécution ses ambitions présidentielles. Bonne connaisseuse des ressorts intimes de l’exubérant sexagénaire, elle lui souffle alors qu’il est déjà « la plus grande star du monde, plus célèbre encore que Tom Cruise » et n’a donc nul besoin de la notoriété que lui conférerait une campagne électorale nationale. Donald Trump, à qui la chaîne NBC propose, à l’époque, des ponts d’or afin qu’il continue à animer « The Celebrity Apprentice », une variante de son émission dans laquelle les candidats sont des stars, renonce le 16 mai 2011 à entrer en lice malgré de bons premiers sondages. Melania, soulagée, peut alors croire évanouis les rêves électoraux de son mari.

Dans le Bureau ovale, en avril dernier, Melania Trump commençait tout juste à s’habituer au feu des projecteurs. (O. Douliery/MaxPPP)

Las, l’implacable réélection de Barack Obama en 2012 et les mouvements tectoniques dans l’électorat populaire américain le convaincront, alors qu’il approche les 70 ans, de tenter sa chance pour de bon lors du scrutin présidentiel suivant. Melania Trump obtempère et rentre dans le rôle d’épouse de candidat. Elle affrontera, seize mois durant, les innombrables polémiques suscitées par un époux clivant l’Amérique comme rarement dans son histoire. Son fils Barron, alors âgé de 9 ans, doit coexister, à l’école, avec les rejetons d’une élite new-yorkaise goûtant peu l’ahurissante campagne de celui qui fut pourtant l’un des leurs. Calfeutrée au 58e étage de la Trump Tower, la future première dame se limite d’abord à une poignée d’apparitions publiques, souvent récompensées par des tombereaux de moqueries.

Puis, quelques semaines avant l’élection, la campagne fait ressurgir un enregistrement de 2005 donnant à entendre Donald Trump qui se targue de saisir les femmes par leurs parties intimes. Instantanément, les sondages plongent et les défections se multiplient dans la campagne du candidat dont la quasi-totalité de la presse américaine commence à composer l’oraison funèbre. Pour Melania Trump, c’est l’heure de vérité. Ravalant sa fierté et corsetée dans son rôle d’épouse dévouée, elle déclare sur CNN que les propos de son mari, s’ils étaient effectivement « déplacés », ne se résument qu’à une « discussion de vestiaire à laquelle l’a poussé l’animateur » de l’émission. Un ange passe. Puis l’ouragan se dissipe, et le candidat républicain repart en campagne. L’Amérique se pince pour y croire.

Se serait-elle, ce jour-là, révélée comme l’un des atouts maîtres de son exubérant époux ? Elle est en tout cas mise à contribution dans les derniers jours de campagne et enchaîne les discours dans les Etats pivots, dont l’électorat blanc et populaire peut faire pencher la balance. Selon un membre de son entourage, elle ne croit pas pour autant aux chances de victoire de son mari. Elle n’est alors pas la seule. Les sondages, donnant systématiquement Hillary Clinton gagnante, avaient douché les derniers espoirs de la quasitotalité du camp républicain. Et pourtant. A la faveur d’un mode de scrutin baroque dont les Etats-Unis ont le secret, Donald Trump remporte l’élection présidentielle sans avoir réuni la majorité du vote populaire. Melania Trump, élevée dans un village de la Yougoslavie communiste, succèdeà Eleanor Roosevelt, Jacqueline Kennedy, Betty Ford, Hillary Clinton et Michelle Obama à la Maison Blanche.

L’ampleur du bouleversement et son désintérêt pour la politique ont rendu ses débuts difficiles. « Elle a beaucoup de mal à appréhender la fonction, confie un visiteur régulier du Bureau ovale. Comme Donald Trump, elle se “bunkerise” à la Maison Blanche et ne sort que très peu dans Washington, contrairement à Michelle Obama qui adorait fréquenter les restaurants de la ville. » Une fois l’inauguration passée, le 20 janvier, l’ancien mannequin slovène n’a pas davantage cherché à tisser de liens avec le reste du pays. Pendant que les premiers mois du nouveau président hystérisaient Washington, elle est ainsi restée vivre à New York pour attendre la fin de l’année scolaire de son fils. Ses apparitions publiques, pour rares qu’elles aient été, l’ont en revanche montrée spontanée et impénitente. « Lors du G20 en Sicile, en mai dernier, elle s’est habillée d’une veste à 50 000 dollars, l’équivalent d’une année de salaire médian pour un Américain. Elle n’a visiblement pas l’intention de faire semblant d’être une autre... » décrypte Vanessa Friedman, directrice de la rubrique mode du New York Times.

Reste pour Melania Trump à canaliser ce début d’émancipation. Au contraire de son mari, dont l’affrontement politique constitue l’un des principaux moteurs, la nouvelle première dame avait laissé entendre, peu après l’élection, vouloir profiter de son passage à la Maison Blanche pour défendre quelques causes. La plus chère à ses yeux, le harcèlement en ligne chez les jeunes, n’a cependant pas résisté aux flots d’insultes que son propre mari déverse régulièrement sur son compte Twitter, l’un des plus suivis au monde. Faute de crédibilité dans le domaine, elle décide récemment de s’intéresser à la lutte contre les opiacés, une catégorie de stupéfiants à l’origine d’une grave crise sanitaire dans le pays. « C’est un schéma classique : elle sera le visage de la cause et le ministre de la Santé se chargera de la véritable coordination de l’administration », prédit Andrew Beatty, correspondant de l’AFP à Washington.

Première rencontre, à Paris, entre les Trump et les Macron, le 13 juillet 2017 au restaurant du deuxième étage de la tour Eiffel. (S. Coeb/AFP)

« Cette initiative anti-drogue ne se résume pas à de l’affichage politique, assure son ami Paolo Zampolli. Melania m’a affirmé qu’elle compte bien aider concrètement Donald à réussir son mandat. » Si tel est réellement le cas, elle rejoindra la longue liste des premières dames américaines ayant cherché à gouverner avec leur époux. Eleanor Roosevelt, qui se définissait elle-même comme « les jambes de (son) mari » (atteint de la polio), Rosalynn Carter, qui assistait aux réunions de cabinet à la Maison Blanche, ou Hillary Clinton, qui prit en charge une tentative de réforme du système de santé, en sont les exemples les plus célèbres.

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Source: leparisien.fr

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