Scénario démago, Idées & Débats

3 décembre 2014 23:00

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Scénario démago, Idées & Débats

Après avoir tenté de limiter les salaires des joueurs de foot avec la taxe à 75 %, capé les rémunérations des patrons des entreprises publiques en fixant un plafond à 450.000 euros, la France veut encadrer les cachets des stars de cinéma.

Nul ne peut nier que le marché génère parfois des excès. Et tout le monde peut reconnaître que, passé quelques dizaines de millions d'euros d'économies sur un compte en banque, une star du ballon rond, du CAC 40 ou du grand écran doit pouvoir boucler ses fins de mois en touchant un peu moins. Mais cette volonté permanente qu'ont politiques et bureaucrates à vouloir s'inviter en tant qu'arbitre des justes niveaux de rémunérations dans des univers soumis à la concurrence a quelque chose de troublant. Imagine-t-on Barack Obama dire à Hollywood qu'il faut renégocier le contrat de George Clooney ? Les politiques, les pouvoirs publics ou leurs agents sont légitimes pour fixer un salaire minimum, mais ils ne devraient pas avoir le pouvoir de fixer des maximums. Ils peuvent taxer, voter l'impôt et redistribuer pour limiter les excès. On objectera que, dans le cas du 7e art, le CNC redistribue de l'argent public et que l'encadrement, validé par la filière en prime, est dans ce cas précis légitime. Faux. Le CNC redistribue l'argent que les blockbusters ont fait gagner. C'est la taxe sur les ventes de billets qui remplit ses coffres et c'est cet argent qui alimente des comptes épargne dans lesquels les producteurs piochent pour financer leurs films. Demain, s'ils payent trop leurs stars, ils seront sûrs de cotiser. Pas certains de toucher. Certes, le nouveau système sera vertueux dans le sens où il poussera les acteurs à accepter un cachet fixe plafonné et une part variable assise sur les entrées en salles plus importante. Ils reprendront des risques. Mais cela fleure bon la démagogie. La France pourrait aider les grosses productions susceptibles de s'imposer à l'international. Elle se donne bonne conscience en voulant aider les « petits » dont le financement dépend déjà pour beaucoup du succès des « gros ».

Source: lesechos.fr

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