Patrick Drahi étend son empire télécoms en Europe

1 décembre 2014 16:08

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Son holding Altice s’apprête à racheter Portugal Telecom. Le groupe veut devenir une major européenne du secteur.

C’est l’homme dont tout le monde parle dans les télécoms en ce moment. Patrick Drahi, le président d’Altice, maison mère de Numericable, a une nouvelle fois fait sensation le week-end dernier en annonçant le rachat de Portugal Telecom au brésilien Oi pour 7,4 milliards d’euros. Les marchés s’en sont donné à cœur joie, l’action Altice a clôturé en hausse ce soir à 58,41 euros (+7,97 %). L’homme d’affaires franco-israélien signerait là sa troisième grosse acquisition en quelques mois, portant le montant total de ses dépenses à 24 milliards cette année !

Rien ne l’arrête, lui qui vient de faire un chèque de 13,36 milliards à Vivendi pour s’offrir SFR, actif dont le chiffre d’affaires est presque huit fois supérieur à celui de Numericable. Et qui l’a propulsé numéro deux des télécoms en France. Virgin Mobile est aussi en passe de tomber dans son escarcelle. C’est « Altice au pays des merveilles », sourit-on dans le secteur. Toujours très discret, Patrick Drahi, cinquante et un ans, fait désormais partie du club très restreint des tycoons des télécoms.

Avec Portugal Telecom, il s’offre rien de moins que l’opérateur historique portugais. Présent dans le fixe et le mobile, celui-ci cadre avec la stratégie de convergence suivie par Altice et que l’on retrouve dans le rapprochement entre le câblo-opérateur Numericable et l’opérateur mobile SFR. Ces opérations illustrent le mouvement de fond d’Altice dont Patrick Drahi rêve de faire une major européenne. « Nous voulons créer un champion national, un champion européen en s’associant deux entreprises magnifiques », s’enthousiasmait-il, en mars, en présentant le rapprochement de Numericable et de SFR.

Patrick Drahi est-il le nouveau John Malone, le magnat américain, principal actionnaire de Liberty Global et empereur du câble en Europe ? Altice tisse sa toile depuis de nombreuses années. Outre Numericable-SFR dans l’Hexagone, le groupe est présent dans le câble en Israël, en République dominicaine, au Portugal, en Belgique et au Luxembourg. Et ce n’est sûrement pas fini. Peu sont capables de dire jusqu’où ira cette boulimie d’acquisitions. Celle-ci pose question, dans la mesure où les rachats sont majoritairement financés par endettement.

Certes, la capacité de Patrick Drahi à lever de l’argent impressionne. En avril, Altice a par exemple réalisé une levée de dette record pour financer le rachat de SFR via l’émission d’obligations pour plus de 12 milliards. Un record mondial dans l’univers de la « tech ». Mais c’est une chose de lever des fonds, et c’en est une autre d’avoir un modèle économique permettant de soutenir le remboursement. Aujourd’hui, Altice croule sous une dette de 25 milliards, soit quatre fois son Ebitda. « La société supporte tout à fait ce type d’endettement, assurait récemment Thierry Lemaître, directeur financier de Numericable-SFR, il n’y a pas de péril. » Autrefois, Numericable a atteint des multiples jusqu’à 5 points.

Sauf à ce qu’il y ait un « Lehman Brothers 2 », ce qui le mettrait en difficulté, le groupe se dit serein. Et déclare avoir de la marge de manœuvre pour d’autres investissements. Il y a une dizaine de jours, le numéro deux d’Altice, Dexter Goei, s’est déclaré intéressé par Bouygues Telecom. Mais, le week-end dernier, Eric Denoyer, patron de Numericable-SFR, a calmé le jeu. « Nous n’en avons pas besoin ! », a-t-il rectifié dans « Le Figaro ». Pas tout de suite, en tout cas.

Source: lesechos.fr

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