Mary Teuw Niane, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche: « Les ressources tirées des droits d’inscription seront réinvesties dans les universités

2 décembre 2013 19:35

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Mary Teuw Niane, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche: « Les ressources tirées des droits d’inscription seront réinvesties dans les universités

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de Recherche, le Pr. Mary Teuw Niane, était l’invité de la Rédaction du « Soleil », mardi dernier. M. Niane a été accueilli par le directeur général, Cheikh Thiam, le coordonnateur général des rédactions, Modou Mamoune Faye et le rédacteur en chef central, Daouda Mané. Il a largement abordé les grands chantiers entamés et ceux à venir pour mettre l’enseignement supérieur aux normes internationales. Le ministre a également évoqué la hausse des droits d’inscription dans les universités publiques.

Qu’est ce qui explique ce regain de tension dans nos universités malgré la tenue la Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur (Cnaes) ?

«Il est important de préciser un peu la dynamique dans laquelle se trouve le ministère. Nous avons mis en œuvre l’une des promesses du président de la République, la Cnaes au Sénégal. Celle-ci a été participative et inclusive. Elle s’appuie sur la vision du chef de l’Etat qui veut faire de l’enseignement supérieur et la recherche un levier de développement économique et social. Ladite concertation a défini les voies et moyens de réaliser cette vision dans la décennie à venir. Cela a abouti aux 78 recommandations mais aussi et surtout au premier Conseil présidentiel sur l’enseignement supérieur et la recherche depuis les indépendances. Conseil au cours duquel le chef de l’Etat a pris 11 décisions. Le ministère s’évertue, naturellement, à mettre en œuvre ces décisions. Pourquoi avons-nous ces remous ? Je précise qu’il y a d’abord des remous saisonniers dont certains ont disparu. A pareil moment, le problème le plus bruyant concernait les bacheliers non orientés. Aujourd’hui, on en entend plus parler parce que des solutions ont été trouvées (orientation et inscription en ligne) et sont en train d’être mises en œuvre. La réforme a ses contraintes et ses obligations. Elle vise à faire du Sénégal une destination privilégiée, non seulement pour nos propres bacheliers mais aussi pour ceux de la sous-région et d’autres endroits du monde. Car l’enseignement supérieur est, par essence, internationale. C’est pourquoi nous visons les standards internationaux. Cela demande des moyens. L’Etat est le premier à s’y investir. Lors du Conseil présidentiel, chef de l’Etat a pris des engagements forts sur 4 ans : 18 milliards de FCfa dans le Budget consolidé d’investissement (Bci) en 2014, 21 milliards en 2015, 27 milliards en 2016, 25 milliards en 2017. Ces montants cumulés représentent 3 fois l’investissement de l’Etat par rapport aux 4 années qui précèdent. L’effort est très important. A cela, il faut ajouter l’effort des partenaires au développement, celui que nous sommes en train de demander aux entreprises et aux collectivités locales. Bien évidemment, il faut que l’étudiant fasse un effort, comme dans les autres ordres d’enseignement. Au préscolaire, au primaire, au collège et au lycée, même dans le public, les parents paient plus. Demander à un étudiant de première année de payer 25.000 FCfa pour toute l’année, c’est raisonnable. C’est ce qu’on paye par mois dans certaines écoles du préscolaire».

«Les études supérieures, de manière évidente, coûtent plus chères. La contribution des étudiants ne représente même pas 1/20ème du coût de formation de l’un d’eux. En étalant ces 25.000 FCfa sur 10 mois, nous avons 2.500 FCfa par mois et 500 FCfa par semaine. Je pense que les coûts proposés sont raisonnables. Certes, il y a une tradition qui date de plus de 40 ans. L’on comprend qu’il y ait des soubresauts si on l’interrompt.

Ces ressources nouvelles ne vont pas seulement dans le fonctionnement de l’université. L’essentiel de cet argent servira à améliorer les conditions d’études des étudiants. On demande, pour la première année (L1), 25.000 FCfa ; 30.000 FCfa pour la deuxième année (L 2) et 35.000 FCfa pour la troisième année (L 3). Ces frais sont de 50.000 FCfa en Master 1 ; 60.000 FCfa en Master 2 et 75.000 FCfa pour le Doctorat. Je rappelle que les étudiants payaient 150.000 FCfa à l’Ucad. On l’a divisé par 2. A Thiès, les doctorants payaient 300.000 FCfa, on l’a divisé par 4.

Ces ressources sont réparties en 2 parties : l’inscription administrative (10.000 FCfa de la première année au Master et 20.000 FCfa au Doctorat) et le reste à celles pédagogiques, c’est-à-dire qu’elles reviennent directement aux Facultés, aux Ufr et aux instituts. Ces derniers les gèrent pour les étudiants. Cela veut dire les montants alloués à ces structures sont de 15.000 FCfa pour la première année, 20.000 FCfa en deuxième année ; 25.000 FCfa en troisième année ; 40.000 FCfa au Master 1 ; 50.000 FCfa au Master 2 et 55.000 FCfa au Doctorat. Ces ressources seront gérées conjointement par les responsables des institutions et les étudiants. L’argent est déjà réparti : 60 % destinés à la professionnalisation (renforcement des filières professionnelles), 20 % à l’amélioration des conditions pédagogiques et de travail, 10 % affectés à la formation doctorale, 5 % prévus pour la mobilité des étudiants et les 5 % restants à la vie estudiantine. C’est-à-dire, pour encourager la création de clubs pour que la vie culturelle et scientifique puisse revivre au sein de l’espace universitaire. Autrement dit, dans cette augmentation des droits d’inscription, l’essentiel reviendra aux étudiants pour leur permettre d’avoir des diplômes de qualité, compétitifs au niveau international. Car il ne faut pas oublier que leurs camarades qui sont à l’étranger, qui bénéficient de bourses et dont les parents ont des moyens, vont revenir au Sénégal avec des diplômes internationaux. S’ils veulent être en compétition avec ces derniers, à armes égales, il faudrait que leur formation le leur permette. Cette réforme a pour but de restaurer la qualité de la formation».

«Il y a eu plusieurs niveaux de concertation. Les représentants des étudiants de chaque université ont participé à la Cnaes. Celle-ci a recommandé la constitution d’une commission ad hoc. Chaque université y était représentée par ses étudiants. Après la tenue du Conseil présidentiel, j’ai rencontré les journalistes, le top management des universités et réuni plus de 200 représentants d’étudiants à Saly pour en discuter. A rappeler que les droits annoncés au moment de la Concertation nationale étaient de 150.000 FCfa. Le président de la République a jugé cette somme trop élevée. Il a demandé de trouver des montants raisonnables et acceptables. Et la commission ad hoc a travaillé dans ce sens en définissant ces droits d’inscription, qui sont de petits montants comparés à ceux appliqués dans les pays voisins».

«Il appartient à l’Etat de voir ce qui peut améliorer telle ou telle situation. Nous sommes un pays qui a un leadership politique et international. Ce leadership, en grande partie, vient de la qualité de notre formation. Nous avons formé plusieurs dirigeants. Ils sont nombreux à exprimer leur fierté d’avoir fait leurs humanités au Sénégal. Si nous laissons péricliter notre système d’enseignement supérieur, c’est la destination Sénégal qui va disparaître. Si cela disparaît, notre leadership en prendra un coup. Et cela, il n’en est pas question. Le Sénégal a besoin de structures de qualité. Nous avions rencontré les étudiants, nous continuerons à le faire. Mais, ces droits d’inscription seront maintenus».

«Les conditions d’études à l’université se sont dégradées. C’est un constat général. Quand l’Etat met tout dans le social et oublie le pédagogique, il y a forcément problème. Or, l’essentiel à l’université, c’est le pédagogique puisque l’étudiant est là pour se former d’abord, avoir les diplômes et les compétences pour trouver un emploi ou créer une entreprise. Si la plateforme de formation n’est pas au niveau, on ne peut pas espérer des résultats. L’Etat, tiraillé qu’il est entre plusieurs priorités, ne peut pas être démagogique en investissant autant dans le social et dire qu’il va faire la même chose dans le pédagogique. Il faut trouver le compromis raisonnable pour chaque secteur afin de le développer, même si l’enseignement supérieur et la recherche sont un levier de développement économique et social».

Il y a une floraison de Masters et diplômes professionnels à l’université. Est-ce que la formation payante ne risque pas de prendre le pas sur celle publique ?

«C’est vrai que pendant un temps, les établissements d’enseignement supérieur publics ont fonctionné en îlots indépendants. L’Etat n’a pas suffisamment joué son rôle de pilotage du système. Depuis 2 ans, avec le Programme de gouvernance et de financement de l’enseignement supérieur (Pgf-Sup) axé sur les résultats, il y a eu la création de la Direction générale de l’enseignement supérieur (Dges). A côté, nous avons l’Agence nationale d’assurance qualité (Anaq). Celle-ci a pour mission d’évaluer et d’accréditer les institutions et les filières de formation. L’Anaq est autonome. Elle va agir aussi bien sur le public que sur le privé et pourra préconiser des réorientations des filières, des corrections dans les curricula de ces filières ou même, au besoin, demander la fermeture de telle ou telle filière, parce que ne répondant pas aux objectifs qui lui étaient fixés. C’est dire que nous allons vers une meilleure gouvernance des institutions de l’enseignement supérieur. A cela, il faut ajouter le nouveau décret sur l’orientation et l’inscription des bacheliers. Là aussi, jusqu’à à la création de l’Ugb, l’orientation était centralisée. Mais, petit à petit, chaque université assurait sa propre orientation et faisait ses choix selon des critères qui lui étaient propres. Aujourd’hui que l’Etat a une vision nationale de l’enseignement supérieur, il lui appartenait aussi de reprendre en main cette prérogative qui était la sienne et fixer les quotas pour chaque université. La mise en œuvre de ce décret va également impliquer la création de nouvelles filières qui feront l’objet d’une approbation des pouvoirs publics».

«Sur la gestion des établissements d’enseignement supérieur, des réformes sont en cours. La directive n°10 du Conseil présidentiel a préconisé un certain nombre de dispositions. Avec mon collègue de l’Economie et des Finances, nous allons prendre les arrêtés qui permettront de mettre tout cela en œuvre. Dans certaines universités, il existe des fonctions de services qui ont des comptes parallèles. Ils seront supprimés. A l’Ucad, il sera mis en place un réseau d’agences comptables secondaires qui seront logées dans les Facultés, les grandes écoles, comme l’Ecole supérieure polytechnique (Esp), pour avoir une gestion de proximité. Mais, toutes les ressources seront centralisées, tout en facilitant leur utilisation, mais à travers des procédures transparentes et respectueuses des objectifs définis et des normes».

L’année dernière, il était question d’installer les modules du Fesman dans les universités pour combler le gap de chambres. Où en êtes-vous avec ce projet ?

«Effectivement, le gouvernement avait pris la décision de les installer dans les campus universitaires. Mais, après évaluation, il nous est apparu que les coûts de leur installation étaient exorbitants et qu’il était plus sage de chercher une autre solution. Le président de la République a pu mettre à la disposition de l’enseignement supérieur 4 milliards de FCfa pour un projet d’urgence de construction de 3 pavillons avec une capacité de 1.044 lits. Après soumission aux procédures normales des marchés, dans une ou deux semaines, ce marché sera conclu et les constructions vont démarrer. De même, la démolition des anciens pavillons qui a été entamée devra se terminer avant la fin du mois de janvier. C’est un signe du souci du président de la République de mettre les étudiants dans les meilleures conditions sociales. Ce projet d’urgence de construction est la première étape. Il y aura d’autres pavillons, aussi bien à l’Ucad que dans les autres universités».

«Pour ce qui est de l’Ufa, la décision a été prise, depuis longtemps, de construire, sur le même site, la 2è université de Dakar, communément appelée Université Dakar-Banlieue. Celle-ci bénéficie du soutien de la Banque mondiale qui a dégagé 34 millions de dollars (17 milliards de Cfa). Elle sera construite en partenariat public-privé. L’appel d’offres sera bientôt lancé. L’objet est d’avoir une entreprise qui pourra construire, équiper, clé en main, et assurer la maintenance sur 10 ou 20 ans. Notre vœu est que le Sénégal dispose d’une université de standard international. Ce sont nos enseignants et chercheurs les plus qualifiés qui vont y enseigner avec des partenaires venant d’un peu partout. Cette université va créer un deuxième pôle public de formation supérieur dans la région de Dakar».

N’a-ton pas pris du temps pour ouvrir ce chantier ? Des pays comme la Turquie se sont déjà illustrés dans ce domaine. Avez-vous cherché à vous inspirer de leur expérience ?

«C’est vrai que nous avons pris du retard dans ce domaine. C’est pourquoi les ruptures sont essentielles. Nous sommes restés dans les anciens schémas de financement de l’enseignement supérieur où c’est l’Etat qui fait tout. Il nous faut aller vers le partenariat public-privé. Nous l’envisageons également pour l’hébergement et la restauration des étudiants. Cela nous permettra aussi de réaliser facilement le plan de développement, particulièrement l’élargissement de la carte universitaire.

Nous sommes en train de réfléchir aussi sur une des recommandations de la concertation nationale : la création d’un Fonds d’appui à l’enseignement supérieur. Plusieurs pays riches ont pu développer leur enseignement supérieur à travers un système de prêts. Ce fonds devrait permettre à l’étudiant de disposer d’un prêt qui lui permettra de payer ses études et, quand il aura trouvé du travail, de rembourser. S’agissant de l’exemple turc, je puis vous assurer que nous explorons de nombreuses pistes. Nous sommes en train d’étudier tous les partenariats possibles. Car le projet d’extension de l’enseignement supérieur, de redynamisation de la recherche et d’extension de la carte universitaire est très ambitieux et doit mobiliser toutes les ressources possibles, que ce soit du public, du privé local, ou des partenaires au développement. Hier seulement (Ndlr : l’entretien s’est déroulé le mardi 26 novembre), notre ministère et celui de l’Economie et des Finances négociaient avec la Bad pour un prêt permettant de construire le siège de l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs) et des Espaces numériques ouverts (Eno). Nous ferons la même chose, dans les semaines à venir, avec d’autres partenaires».

Votre ministère a signé avec les universités publiques des Contrats de performance axés sur les résultats pour la période 2012-2016. Peut-on avoir une évaluation à mi-chemin ? Qu’est-ce qui est prévu au cas où ces contrats ne seront pas remplis ?

«Ces Contrats de performance (Cdp) ont été signés autour de 5 objectifs : l’amélioration de la qualité de l’enseignement, l’amélioration de l’utilisation des Tic, l’amélioration de l’efficacité interne, l’amélioration des relations avec le monde socio-économique et l’amélioration de la gouvernance. Chaque université, selon sa spécificité, a décliné ses objectifs, ses activités et des indicateurs de performance. Nous avons discuté avec toutes les universités jusqu’à s’être accordés sur des objectifs. Chacune d’elle a reçu des ressources supplémentaires pour lui permettre de réaliser le Cdp. C’est dans ce cadre que toutes les universités ont lancé le projet « Un étudiant, un ordinateur ». La Banque mondiale est en train de finaliser l’interconnexion des universités à Internet, d’avoir une bande passante de 150 méga octets et de mettre le Wifi sur les campus social et pédagogique. Les quotas des nouveaux bacheliers que nous avons fixés pour chaque université découlent desdits Contrats. Si une université ne remplit pas tel ou tel objectif crucial, évidemment, elle sera sanctionnée. Celle-ci sera budgétaire. Par contre, si elle atteint ses objectifs, elle peut demander des ressources supplémentaires».

Dans les pays développés, on investit dans la recherche avec des résultats qui ont un impact sur le quotidien des populations. Qu’est-ce qui bloque la recherche au Sénégal ?

Source: lesoleil.sn

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