L’audiovisuel, nouvel eldorado chinois

4 décembre 2014 14:18

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Les grands groupes chinois s’intéressent aux studios de cinéma et aux plates-formes de vidéo, avec un appétit particulier pour les contenus américains. Ils cherchent ainsi à diversifier et à accroître leurs revenus.

Ruée sur le « contenu ». En Chine, les productions audiovisuelles, télévisées ou cinématographiques, suscitent de plus en plus la convoitise de grands groupes issus d’univers pourtant différents. C’est le cas de Dalian Wanda, le numéro un de l’immobilier, mais également de tous les géants des nouvelles technologies. Alibaba, le numéro un du commerce en ligne, et Tencent, l’éditeur de jeux vidéo devenu incontournable sur les réseaux sociaux sur mobile, multiplient les initiatives pour prendre pied sur ce qui fait figure de nouvel eldorado. Avec, en ligne de mire, le savoir-faire américain.

Dalian Wanda, qui avait déjà mis la main sur AMC, le deuxième réseau de salles de cinéma aux Etats-Unis, mène ainsi des discussions pour prendre une part majoritaire dans les studios Lions Gate. Elles semblent encore loin d’être abouties. Mais elles illustrent la détermination de Wang Jianlin, son patron et fondateur, à pousser plus loin sa stratégie de diversification dans les industries culturelles.

Alibaba regarde aussi le dossier Lions Gate. Une équipe de dirigeants du groupe, emmenée par le patron Jack Ma lui-même, s’est rendue à Hollywood, début novembre, pour y explorer différentes pistes de partenariat. Quant à Tencent, il vient de signer avec HBO, la chaîne de Time Warner, afin de devenir le distributeur exclusif de ses productions sur l’internet chinois.

Au-delà des productions américaines, qui représentent le nec-plus-ultra en termes de qualité et d’attractivité pour les spectateurs, ce sont bien les contenus vidéo dans leur ensemble qui suscitent la convoitise de ces groupes. Baidu, le moteur de recherche, ou encore Xiaomi, le petit nouveau sur la planète des smartphones , ont chacun leur stratégie pour se lancer dans cette bataille. Tous deux ont pris des parts dans Aiqiyi, le principal portail de vidéos en Chine, tandis que Xiaomi annonçait des projets de coproduction de contenus avec Youku Tudou, l’autre grand portail vidéo chinois.

Pendant ce temps, Alibaba rachetait, pour 600 millions d’euros, 60 % des studios de production China media group, et entrait au capital des studios chinois Huayi Brothers... aux côtés de Tencent.

Et la liste n’est pas exhaustive. Derrière cette ruée, il y a, certes, un élément politique : Pékin a clairement fait savoir qu’il comptait sur le cinéma pour faire rayonner le « soft power » de la Chine, et ce volontarisme suffit presque à garantir un bel avenir à la filière.

Mais ce sont surtout les perspectives économiques qui attirent les grands groupes chinois. Tous sont à la recherche de moyens de diversifier leurs revenus, ayant atteint des positions dominantes dans leurs industries respectives. Le cinéma est une cible tentante : avec une croissance de son chiffre d’affaires de 30 % en moyenne depuis 10 ans, le marché chinois est désormais numéro deux au monde, derrière les Etats-Unis. « Le gâteau est tellement grand que chacun en veut une part », résume Huang Guofeng, analyste chez Analysys International.

Pour les groupes issus du monde des technologies, la logique est assez évidente. Xiaomi, qui vend ses téléphones à prix serrés, a besoin de contenus à diffuser sur ses terminaux pour pouvoir engranger des bénéfices. Tencent, avec son application Wechat et ses différentes plates-formes, dispose d’une base de clientèle extrêmement précieuse, qu’il entend bien monétiser en lui proposant la diffusion de films ou de séries. Quant à Alibaba, il n’entend plus se contenter du commerce en ligne, dont il représente déjà 80%, et déploie une stratégie visant à couvrir toute la chaîne de valeur.

Derrière le cinéma pointe notamment, note Huang Guofeng, « la possibilité de vendre, sur son réseau de distribution, tous les produits dérivés, qui jusqu’à présent lui échappent totalement ». Là aussi, le potentiel semble énorme : en Chine, la billetterie représente près de 80 % du chiffre d’affaires de l’industrie cinématographique, un chiffre anormalement élevé, qui montre que tout reste à faire en matière d’usages dérivés.

Source: lesechos.fr

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