Innovation : une France paralysée par la peur

4 décembre 2014 10:35

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L’aversion au risque qui s’est emparée de la France risque de devenir un obstacle au progrès scientifique

Un classement récent vient de confirmer que la marque France ne se place plus qu’à la dix-septième position des pays détenant la plus forte image de marque*. Plusieurs facteurs expliquent ce classement. Parmi eux, vraisemblablement, le manque d’audace, et le manque de confiance. A force d’être les champions du principe de précaution, la France semble paralysée et oublie d’aller de l’avant… La France est malade, malade de son aversion pour le risque. Les Français sont seulement 28 % à déclarer « je recherche l’aventure, j’aime prendre des risques et je désire mener une vie trépidante », contre 52 % pour les Danois ou encore 42 % pour les Anglais. Sur ce point la France est malheureusement la lanterne rouge de l’Europe, et les Français vivent sous l’emprise de la peur. Peur que la nourriture qu’ils mangent et que l’air qu’ils respirent ne les intoxique, que leur environnement ne les rende malades. Ils vivent de plus en plus longtemps, mais sont convaincus que leur mode de vie moderne les empoisonne. En écho à cette société de la peur, nos politiques deviennent les champions du monde des interdictions : interdiction du bisphénol-A, des OGM, de la pilule Diane 35, ou encore démontage des antennes relais sur les toitures et gel de la mise sur le marché des pesticides... Face au risque, nous choisissons toujours le camp de la peur, parfois à juste titre, mais souvent à contre-courant du reste du monde et de la rationalité scientifique. La France apparaît alors comme un pays bien singulier atteint de ce que nous appellerons « le syndrome Astérix » : ce pays qui a raison seul contre tous ! Si la prudence est une vertu, la peur conduit quant à elle régulièrement à des décisions contre productives. Prenons l’exemple des antennes relais pour nos téléphones mobiles. En réduisant leur nombre sous la pression des riverains, les juges nous condamnent à être exposés à des doses plus élevées d’ondes électromagnétiques. Car plus l’antenne relai est éloignée, plus notre téléphone mobile, si proche de notre oreille, doit émettre fortement. Dans un autre domaine, personne n’imaginerait préférable de garder les automobiles anciennes plutôt que de mettre sur le marché des voitures plus modernes et moins polluantes. C’est pourtant le choix de nos politiques en matière de pesticides, ils préfèrent le statu quo en matière de mise sur le marché, à l’autorisation de nouveaux produits souvent moins polluants.

Notre société ne pourra continuer à vivre sous l’emprise de l’émotion et le refus du progrès scientifique alors que les défis à venir sont immenses, tant sur le plan de la santé que de l’environnement. Nos citoyens se refusent à entrer dans le monde moderne, et préfèrent faire le pari osé que les recettes d’autrefois nous protègeraient des risques du futur. Et il est vrai que l’innovation n’est pas une fin en soi, elle n’est désirable que si elle est bénéfique pour l’homme et la société. Mais encore faut-il vouloir en valoriser les vertus : le progrès n’est pas un gros mot. Si nous en sommes arrivés là, nous le devons notamment à un manque de courage et une démission de nos décideurs. Démission des politiques qui, depuis l’affaire du sang contaminé, n’osent plus affronter l’opinion sur le terrain des risques sanitaires, de crainte d’y laisser leur carrière. Démission des chefs d’entreprises si absents sur ces sujets, et qui peinent à comprendre que l’emploi et l’intérêt économique ne suffisent pas à générer l’envie de progrès. A leur décharge, l’exercice est d’une grande complexité. Les entreprises, si habiles dans le domaine du marketing commercial, se trouvent démunies face à la mécanique implacable du marketing de la peur. Ce marketing que des militants pratiquent avec talent, au service de la vision du monde qu’ils portent. Ce marketing de la peur n’est pas tombé du ciel et se nourrit depuis le règne de l’économie de marché de deux valeurs universelles que sont la santé et la protection de l’environnement. Devenus nouveaux gendarmes du monde, la santé et l’environnement sont montés en épingle pour venir s’opposer à la puissance des multinationales, géants parfois plus riches que les États, mais aux pieds d’argile sur ce terrain. Parce que tout l’argent du monde ne saurait ni justifier, ni réparer, les atteintes, parfois irréversibles, qui peuvent être liées aux activités industrielles.

Les actionnaires, et les dirigeants de ces multinationales se trouvent ainsi confrontés à un défi majeur : pour assurer leur croissance, tout en respectant l’homme et la planète, elles ont un besoin vital du progrès scientifique. Nous ne vaincrons pas la maladie d’Alzheimer ou le réchauffement climatique avec la décroissance et les solutions du passé. Mais le citoyen, convaincu que le progrès ne sert que le profit des entreprises, reste défiant face aux innovations proposées notamment dans le domaine du vivant.

Pourtant l’envie est là : pour 82.8 % des Français l’humanité peut continuer à progresser***, et une majorité pense que la science est une chance pour l’environnement. L’enjeu pour les entreprises réside ainsi dans leur capacité à défendre l’utilité sociale des innovations qu’elles proposent. A cette fin, elles doivent être capables de comprendre les différents schémas de pensée et visions du monde de leurs interlocuteurs, entrer dans le débat sociétal où se situent aujourd’hui bien des enjeux, et avoir le courage de faire entendre leur propre voix.

Source: lesechos.fr

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