François Samuelson, Agent artistique et littéraire : « Les auteurs ont été laissés sur un strapontin »

10 décembre 2014 16:25

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Agent artistique et littéraire, François Samuelson est présent à la fois dans le cinéma, en représentant des réalisateurs (Abderrahmane Sissako, Michael Haneke, Olivier Assayas..), des scénaristes et des acteurs (comme Benoît Magimel ou Jean-Hugues Anglade...), et dans la littérature : il est aussi l’agent de Michel Houellebecq, ou encore d’Olivier Adam. Il réagit à l’extension de ce nouveau contrat d’édition.

C’est un très bon accord entre les éditeurs et les... éditeurs. Comme d’habitude, les auteurs ont été installés sur un strapontin.

Avec le livre numérique, 50 % du coût du livre disparaît. Plus de papier, plus de libraire, etc. On peut donc dire que l’éditeur se retrouve avec une marge doublée, seulement amputée par les frais techniques de la plate-forme numérique et les droits d’auteur. Mécaniquement, un auteur, s’il touche 15 % de royalties avec le livre papier, devrait donc toucher 30 % avec le numérique. Les éditeurs ont pris l’habitude au XXe siècle d’avoir face à eux des auteurs dociles, or avec le numérique ils se sont mobilisés. Mais surtout les éditeurs ont perdu là une belle occasion de témoigner aux auteurs de leur solidarité.

La puissance publique joue un rôle d’arbitre avec un seul interlocuteur costaud, l’éditeur. Le problème est que l’auteur cède ses droits pour la durée de la propriété littéraire du livre. Cela prête à sourire, car avec le numérique, les outils deviennent obsolètes au bout de quelques années, dix maximum. Or les droits sont valables soixante-dix ans après la mort de l’auteur. Les auteurs ont obtenu une clause de revoyure, mais c’est une victoire biaisée, car c’est une simple clause commerciale. Preuve que la relation est déséquilibrée entre éditeurs et auteurs, si l’éditeur refuse une augmentation des droits, le livre de l’auteur se retrouvera bloqué chez l’éditeur sans possibilité d’en assurer l’exploitation.

Par essence, les éditeurs sont organisés et les auteurs désorganisés. Les pouvoirs publics tendent toujours l’oreille vers les premiers et la SGDL [Société des gens de lettres, NDLR] n’est pas suffisamment représentative de tous les auteurs.

Il ne faut pas que les droits soient disponibles uniquement sur un fichier numérique, il faut des livres papier disponibles. Dans les contrats que je négocie, j’inclus la partie numérique, mais je préfère accorder les droits pour deux ou trois ans. Tout cela reste encore théorique, car le livre numérique n’a pris qu’une petite place sur le marché de la littérature générale. Mais on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Le numérique amène des lecteurs, mais c’est encore un phénomène marginal. A terme, je ne pense pas qu’il y aura un basculement complet du livre vers le numérique.

Source: lesechos.fr

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