Ces fillettes mises au ban de l'école

2 décembre 2014 23:00

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Ces fillettes mises au ban de l'école

télévision L'ancienne ministre, Jeannette Bougrab, a sillonné le monde pour dénoncer le sort de plus de 60 millions de petites filles privées d'instruction. Son film est diffusé ce soir sur Canal+.

Le bruit des balles de kalachnikov. Un écran noir. Et les guerriers de Boko Haram, arme au poing, triomphants, ivres de haine et de puissance. Debout. La caméra plonge alors vers les silhouettes assises et voilées des quelque 200 lycéennes nigérianes qu'ils ont kidnappées le 15 avril dernier dans l'enceinte de leur école. « Parce qu'elles étaient allées à l'école », dénonce une voix off, dont la douceur contraste avec la violence de l'événement. C'est celle de Jeannette Bougrab. Et ainsi commence son documentaire, « Interdites d'école », diffusé sur Canal+ ce soir, à 20 h 50.

A travers ce film, l'ancienne secrétaire d'Etat à la Jeunesse rappelle avec talent que, du Pakistan au Kenya, du Yémen au Cambodge ou au Guatemala, plus de 60 millions de petites filles dans le monde ne peuvent pas s'instruire. « Or l'école est l'unique voie vers l'émancipation », affirme-t-elle, militante.

Elle-même est bardée de diplômes. Docteur en droit de la Sorbonne, maître des requêtes au Conseil d'Etat, elle fut, un temps, avocate, chroniqueuse de télévision, présidente de la Halde, ministre de la République… Elle a écrit des livres, de droit ou pas. Et pourtant, Jeannette Bougrab a vécu cela de près.

En Algérie, Zohra, sa mère, lorsqu'elle était enfant, se sauvait pour aller en classe. Elle était rattrapée et battue. Priée de s'occuper de ses onze frères et soeurs, et mariée de force à l'âge de treize ans… Mais elle a veillé à l'éducation de ses filles. Et, faute de trouver les mots pour lui rendre hommage, Jeannette Bougrab a parcouru le monde, six mois durant, à la rencontre de celles qui, aujourd'hui encore, ressemblent à Zohra. A l'instar de ces fillettes yéménites données en mariage pour désendetter leurs parents. Car elles sont nombreuses, celles que la Convention internationale de 1979 contre les discriminations à l'égard des femmes laisse de côté. Pis, en 2012, une jeune Pakistanaise, dont on ignorait alors le nom, a été blessée par balles parce qu'elle refusait de quitter l'école… Jeannette Bougrab a interviewé Malala Yousafzai, devenue depuis prix Nobel de la paix. Elle a écouté ses camarades de classe, rencontré ses bourreaux : le chef des talibans Sami Ul Haq, avec mauvaise foi, a nié ses blessures.

A l'écran, il y a ces visages d'enfants. Il y a le brouhaha des madrassas, « ces écoles de la soumission », où des fillettes scandent des versets du Coran. Il y a cette scène où une petite Kényane raconte, d'une voix sage, le viol de son amie. Et partout ces héroïnes - Norma Cruz, Mukhtar Mai, Margaret Otchen… - qui bâtissent des écoles au féminin. Les témoignages sont édifiants. Mais l'espoir est là : au Yémen, Nada, onze ans, a refusé d'être mariée et interpelle avec une détermination étonnante le monde entier sur YouTube. Aucune des enfants en route vers l'école ne veut rebrousser chemin.

Une caméra de cinéma, une monteuse dévouée, deux productrices engagées, une musique d'Armand Amar, compositeur d'« Amen », de Costa-Gavras, et la volonté farouche de Jeannette Bougrab de faire bouger les lignes… De quoi faire résonner le discours de Malala à l'ONU : « Un enfant, un professeur, un livre, un crayon peuvent changer le monde. » C'est un documentaire militant. Instructif et touchant. A voir absolument.

Source: lesechos.fr

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