La fermeture de Google News en Espagne ravive le débat avec les éditeurs de presse

11 décembre 2014 23:00

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En réponse à une loi espagnole obligeant les agrégateurs à rémunérer les contenus, Google va fermer son service.L'impact sur les audiences des éditeurs reste difficile à mesurer, alors qu'en Europe, les positions varient.

Mardi, Google News ne sera plus accessible en Espagne. Le géant américain a annoncé mercredi soir qu'il fermait son service d'actualités, en réponse à la loi espagnole qui va l'obliger à rémunérer les éditeurs pour chaque contenu qu'il relaie. « Cette nouvelle législation oblige tout média espagnol à faire payer, qu'il le veuille ou non, des services comme Google Noticias pour montrer le fragment le plus infime de ses publications. Etant donné que Google Noticias est un service qui ne génère pas de revenus - nous ne montrons pas de publicité sur le site Internet -, cette nouvelle approche n'est tout simplement pas viable », a expliqué Richard Gingras, responsable de Google News dans un billet de blog.

La loi espagnole est en effet plus contraignante que les dispositions prises ailleurs en Europe : elle rend automatique la contribution de tous les agrégateurs d'actualité, même si les éditeurs de presse repris ne demandent pas à être payés. Elle ne fixe toutefois pas le montant qui sera reversé.

Les réactions ne se sont pas fait attendre en Espagne. Le ministère de la Culture, responsable de la loi que dénonce Google, a souligné dans un communiqué qu'il s'agissait d'une « décision d'entreprise ». Et de rappeler que « l'accès à l'information sur Internet reste garanti, puisqu'on peut y accéder soit directement sur les sites des médias, soit à travers […] les moteurs de recherche ou les autres agrégateurs ». Avant de conclure que « la loi n'entrave en rien la liberté d'information ».

Une assertion contestée par certains, comme le juriste Carlos Sánchez Almeida, qui, dans une tribune sur le site d'« El Mundo », affirme que la nouvelle redevance vise à « obtenir la docilité des journaux face aux prochains défis électoraux que doit affronter le gouvernement ». Les autres agrégateurs, comme Yahoo! News, eux, ne se sont pour l'instant pas prononcés sur une éventuelle fermeture.

Interrogés jeudi, les éditeurs de presse français se sont montrés peu emballés par cette passe d'armes en Espagne. Marc Feuillée, à la direction du « Figaro », estime que cette fermeture de Google News ne profite à personne et défend l'approche coopérative française - où un accord a été trouvé en échange d'un fonds abondé par Google, finançant les projets innovants des éditeurs et doté de 60 millions d'euros sur trois ans. Aux « Echos », Frédéric Filloux, qui note que « pour la première fois, Google montre les dents en appuyant sur la gâchette », est encore plus direct : « Les éditeurs espagnols le regretteront ». D'autres, enfin, notent que cela ne résout aucun problème, puisque Google News redirige dix fois moins vers des articles de titres de presse que le moteur de recherche Google. Sur Twitter, où l'annonce a beaucoup fait débat, le directeur du média online Eldiario.es, Ignacio Escolar, a justement affirmé que Google Noticias représentait « à peine 0,7 % de [son] audience. Sa fermeture ne nous affectera pas vraiment, mais c'est triste qu'il doive fermer ».

Si une certaine frustration est perceptible en Europe et, en particulier, en Allemagne sur le rôle de Google dans l'information, il n'est donc pas évident que la loi espagnole fasse des émules. En Belgique et en Allemagne, d'ailleurs, plusieurs éditeurs avaient choisi d'être déréférencés de Google News... avant d'y revenir.

Source: lesechos.fr

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