Cinéma : le CNC encadre les salaires des stars

3 décembre 2014 09:50

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Au-delà d’un certain seuil fixé en fonction du budget, les films ne pourront plus bénéficier de soutiens du CNC.

Deux ans après la polémique lancée par le producteur et distributeur Vincent Maraval, presque un an après le rapport de René Bonnell , le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) vient de prendre une résolution pour encadrer les rémunérations des stars de cinéma. Une petite révolution puisque c’est la première fois que des dispositions sont prises pour encadrer les salaires des stars... et limiter les dérives constatées au cours des dernières années.

Vendredi dernier, à l’occasion de son conseil d’administration, le CNC a entériné une modification de la politique de soutien dont bénéficient les producteurs de films. Concrètement, si la rémunération proposée à une star (acteur, réalisateur, scénariste..) dépasse un certain pourcentage du devis du film, le producteur ne pourra pas avoir accès ni à son compte de soutien automatique, ni aux aides sélectives.

En d’autres termes, si le film atteint un « coût artistique disproportionné », comme le dit le CNC, il sera privé des soutiens publics qui existent en France depuis la Seconde Guerre Mondiale. « Cette disposition ne vise pas à empêcher les très fortes rémunérations. Mais, si c’est le cas, le producteur devra aller chercher des financements ailleurs », note un spécialiste. Pour les films se situant entre 7 et 10 millions d’euros, la rémunération maximale la plus élevée ne pourra dépasser 5 % du devis. Au-delà, la rémunération maximale est fixée à 990.000 euros, quel que soit le devis du film.

Le but affiché est de mettre un terme à l’inflation des cachets, et, surtout, à faire revenir les rémunérations dans des zones plus compatibles avec le potentiel commercial des films. La dérive constatée depuis les années 2010 était forte. Selon le rapport rendu par René Bonnell début 2014, le volume financier affecté aux têtes d’affiche des films est ainsi passé de 49 millions en 2011 à 63 millions en 2012, soit une progression de 29 % ! Dans certains cas, les stars empochent entre un et deux millions d’euros par film en cumulant parfois plusieurs casquettes (acteur, scénariste, co-producteur..) et donc plusieurs types de rémunération (salaire, intéressement aux entrées en salles...).

Les rémunérations de certaines stars du cinéma français ont ainsi atteint des sommets, dépassant parfois les salaires de leurs homologues d’Hollywood alors que les films sont loin d’atteindre les mêmes succès commerciaux et la même aura internationale. Ainsi, selon « Le Journal du Dimanche », Dany Boon avait touché 6 millions d’euros pour « Supercondriaque » au titre de ses différentes casquettes (acteur, scénariste...) pour un budget estimé à 31 millions, soit près de 20 % du total. Le film a très bien marché en France (5,2 millions d’entrées) mais sa carrière à l’international a été plus discrète. Une situation largement dénoncée par Vincent Maraval, d ans sa tribune de décembre 2012 qui a lancé toute la réflexion sur la nécessaire réforme du cinéma français.

La disposition mise en place par le CNC vient donc mettre une couche de réglementation sur l’auto-régulation qui s’était de toute façon mise en place. Le marché avait en effet commencé à redescendre sur terre en 2013, suite à l’échec commercial de nombreux films « de stars », comme « La Grande Boucle » (14 millions d’euros de budget pour 260.000 entrées) ou « Turf » (23 millions d’euros pour 380.000 entrées) pour ne citer que les plus connus.

Reste à savoir si ces mesures seront efficaces. « C’est une bonne chose d’avoir un encadrement des rémunérations, mais ces mesures accompagnent une tendance à l’autorégulation que nous avons déjà constatée », analyse Jean-Baptiste Souchier, directeur général de Cofiloisirs, établissement de crédit spécialisé dans le cinéma.

D’autres spécialistes estiment qu’elles ne changeront rien sur le fond. « C’est une mesure légitime mais cela permet juste au CNC de ne pas cautionner certain films et la dérive de leurs coûts. Les plus gros films se feront quand même, avec les mêmes salaires, puisque les chaînes de télévision voudront les même acteurs », note un producteur. Surtout les producteurs de films, même s’ils ne peuvent pas mobiliser de soutien automatique en raison d’une dérive des salaires, pourront en générer grâce à leurs entrées en salles pour financer leurs projets suivants.

Source: lesechos.fr

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