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J’ai appris à prendre soin de ma santé mentale, et à ne plus en avoir honte

10 octobre 2017 09:21
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J’ai appris à  prendre soin de ma santé mentale, et à  ne plus en avoir honte

Et puis je me suis souvenue que je ne travaillais pas pour Le Monde, que mes ressources étaient limitées, et surtout, que ce serait formidablement hypocrite d’aborder le sujet avec autant de distance, compte tenu de ma propre situation.

À l’occasion de cette journée mondiale de la santé mentale, je vais te faire une confidence : ce sujet me touche particulièrement. C’est une grande source de honte pour moi, mais j’ai décidé d’en sortir.

J’ai toujours été à l’aise pour raconter dans les moindres détails mon historique médical.

De mes bronchites à répétition, jusqu’à mes pires sinusites en passant par mes gastro les plus colorées (ahem), je ne suis pas avare de détails lorsqu’il est question des dysfonctionnements de mon corps.

Bien sûr qu’à comparer les problèmes de santé mentale aux problèmes de santé physique, je me pensais condamnée à subir mes afflictions sans jamais réussir à prendre le dessus.

Les crises d’angoisse ne se soignent pas à coups d’antibiotiques, il n’existe pas de vaccin contre la dépression… Et si la science ne peut rien pour soulager ma douleur, c’est donc que je suis condamnée à l’endurer. Non ?

C’est une autre forme de thérapie qui permet de répondre aux problèmes de santé mentale, mais ces thérapies ne sont ni moins efficaces, ni moins « légitimes » que ma boîte de Doliprane ! (Juste beaucoup plus chères et beaucoup moins bien remboursées, voire pas du tout.)

J’écris ça, parce que j’ai aussi longtemps nié mes douleurs psychiques, persuadée que j’en contrôlais l’origine.

J’avais doublement tort sur ce point : ce n’est pas parce qu’une blessure est invisible qu’elle n’existe pas, donc ce n’est pas parce que je n’ai pas une douleur à « montrer » au médecin, à localiser, qu’elle n’existe pas.

Ensuite, je me méprenais complètement sur le sens de « psychosomatique » : je m’étais convaincue que mon cerveau me trollait, en m’inventant des pathologies. Il suffirait alors de décider d’aller mieux pour m’en débarrasser.

En réalité, ces maux étaient justement des signaux d’alerte quant à mon état de santé mentale : je ne vais pas bien, mais je suis en train d’ignorer cette douleur. Alors mon cerveau la transfère sur une partie du corps, histoire que je ne puisse plus m’auto-persuader que c’est rien, ça va passer.

C’est ainsi que mon burn out a été décelé par un médecin, non pas parce que je me plaignais d’être stressée ou angoissée, mais parce que je m’étais bloqué toute la moitié gauche du corps, de la nuque à la hanche.

Mon corps me disait stop, je ne pouvais plus me rendre sur mon lieu de travail sans perdre l’usage de mon bras gauche. On fait pas moins subtil comme signal d’alerte, et pourtant, j’ai vraiment essayé de l’ignorer.

Je ne me suis jamais sentie aussi faible, aussi vulnérable, aussi inutile et honteuse que le jour où j’ai fini par admettre que j’avais besoin d’aide pour confronter et apaiser mes problèmes de santé mentale.

Plusieurs tentatives de thérapies s’étaient soldées par des échecs, notamment parce que je ne pardonnais jamais à mes thérapeutes de ne pas réussir à soulager ma douleur.

Je continuais à les comparer avec la médecine « physique », celle qui soulage en 2-2 avec le bon cachet, pris au bon moment.

Même lorsque des médecins échouaient à me soigner du premier coup, même lorsqu’ils me faisaient mal, c’était toujours temporaire. La douleur finissait par disparaître.

Évidemment, ça ne marche pas comme ça avec les problèmes de santé mentale, quels qu’ils soient.

J’ai toujours honte, je crois, d’avoir perdu autant de temps dans ma vie à refouler ces problèmes, à les négliger, à ME négliger, au fond.

J’ai toujours la sensation que de venir avouer publiquement que je suis en thérapie, c’est me marquer toute seule comme défectueuse, cassée. Imparfaite.

Cet été, j’ai écrit une lettre de rupture à ma dépression. J’ai commencé une nouvelle thérapie, enfin une thérapie qui me convient, à en juger par les progrès phénoménaux que j’ai réussi à faire, en quelques mois seulement.

C’est surtout pour cette raison que je voulais apporter mon témoignage, à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale.

Mais que je ne me suis jamais sentie soutenue, encouragée à prendre soin de ma santé mentale.

C’est pourtant essentiel, et j’ai perdu énormément de temps et d’énergie à essayer de lutter contre moi-même. J’avais honte de mes faiblesses, honte de mon impuissance. Honte d’avoir besoin d’aide.

Je masque mes rendez-vous chez ma psy dans mon agenda, parce que j’en avais honte. Et j’ai peur aussi, qu’en apprenant que leur cheffe « va chez une psy », les membres de mon équipe aient moins confiance en moi, en mes décisions.

Après tout, si elle voit une psy, c’est qu’elle ne va pas bien… Ça n’inspire pas confiance, une personne « malade », dont on ne voit ni les afflictions, ni les remèdes qu’elle prend.

J’ai fini par comprendre que demander de l’aide n’était pas un signe de faiblesse, que mes problèmes de santé mentale ne sont pas un mauvais sort qui me condamne. Ils font partie de moi, mais ils ne me définissent pas.

Je peux me débarrasser de certains, apprendre à vivre avec d’autres. Pouvoir, apprendre, deux verbes dont j’avais perdu le sens, il y a encore quelques mois.

C’est ma séance quotidienne de méditation qui m’a rappelé que ce mardi 10 octobre était la journée mondiale de la santé mentale. Je ne l’aurais pas deviné en lisant simplement le titre de la session du jour, et pourtant, il était équivoque : « Invincible ».

Aujourd’hui, je n’ai plus honte. J’ai encore un peu peur, mais je suis surtout, et c’est nouveau : très fière de moi.

Lire aussi: A quelle nationalité se fier ?

Source: madmoizelle.com

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