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Colère à Pékin, dans le viseur après la mort du Nobel Liu Xiaobo

14 juillet 2017 09:37
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Colère à Pékin, dans le viseur après la mort du Nobel Liu Xiaobo

Détenu pendant plus de huit ans pour « subversion », l’opposant politique est mort jeudi à l’âge de 61 ans, succombant à un cancer du foie. Quelques semaines auparavant, il avait été placé en liberté conditionnelle dans un hôpital de Shenyang, dans le nord-est du pays. Pékin avait rejeté les appels des pays occidentaux à le libérer pour qu’il puisse suivre un traitement à l’étranger.

Il est le premier Prix Nobel de la paix à mourir en détention depuis un pacifiste allemand emprisonné par les nazis et mort en 1938. Le Comité Nobel a accusé Pékin de porter « une lourde responsabilité » dans sa mort.

Revenant sur l’attribution du Nobel 2010, le responsable de la diplomatie chinoise, Geng Shuang, a rejeté cette critique. M. Geng estime que le prix a été « blasphémé » par la désignation d’un « prisonnier condamné conformément aux lois de la Chine ».

Pékin a également rejeté jeudi les « déclarations déplacées » des pays étrangers. « La Chine est un Etat de droit. Le traitement du dossier Liu Xiaobo relève des affaires intérieures chinoises », a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Geng Shuang, cité par l’agence de presse Chine nouvelle.

Alors que les médias chinois se gardaient d’évoquer la mort de l’opposant, dont le nom reste tabou dans le pays, le quotidien Global Times faisait exception à la règle avec un éditorial attaquant des « forces étrangères » non précisées.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « profondément attristé » et « exprime ses condoléances à sa famille et à ses amis ». Mais il s’est abstenu de toute critique envers la Chine.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont réitéré l’appel de l’Union européenne à « la libération de tous les prisonniers de conscience » en Chine.

Le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, a témoigné de sa « profonde tristesse » à l’annonce de la mort du défenseur des droits de l’homme, et appelé Pékin à « assurer la liberté de mouvement de son épouse, Mme Liu Xia, de sa famille et ses proches ». Une requête également émise par le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, qui a souligné que « dans son combat pour la liberté, l’égalité et le respect des règles de droit », Lu Xiaobo avait incarné l’esprit du Nobel.

Berlin, qui avait multiplié les appels à transférer l'opposant chinois en Allemagne pour qu’il y soit soigné, a rendu hommage au « héros de la démocratie », mort jeudi en Chine d’un cancer. « Sa résistance par la non-violence a fait de lui un héros de la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme », a tweeté le ministre de la justice allemand, Heïko Maas. La chancelière, Angela Merkel, s’est, quant à elle, dite « profondément attristée » par la nouvelle.

Les médecins chinois ont fait savoir que l’opposant était mort entouré de sa femme, la poétesse Liu Xia, placée en résidence surveillée depuis 2010, soit pendant le plus clair de la détention de son mari. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont appelé Pékin à la remettre en liberté et à lui laisser quitter le pays si elle le désire. Interrogé sur cette éventualité, le porte-parole des affaires étrangères ne l’a pas catégoriquement écartée, déclarant simplement qu’il ne se prononçait pas à ce sujet.

Mme Liu n’a pas de contact avec l’extérieur et n’a jamais pu être interrogée par la presse étrangère sur l’état de santé de Liu Xiaobo. Liu Xia « reste sous très étroite surveillance », a déclaré Patrick Poon, responsable Chine d’Amnesty International. L’opposant Hu Jia, proche du couple, a expliqué être sans nouvelles de la famille Liu et n’avoir aucune information sur les obsèques du Prix Nobel. « Les autorités ne nous laisseront certainement pas assister » à une éventuelle cérémonie.

Condamné en 2009 à onze ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat », Liu Xiaobo avait participé en 1989 à la révolte de la place Tiananmen. Il était l’un des initiateurs de la Charte 08, demandant l’instauration d’une démocratie libérale en Chine. Le texte, diffusé en décembre 2008, avait recueilli la signature de plus de 300 intellectuels et militants des droits de l’homme chinois.

« Aujourd’hui nous pleurons la perte d’un géant des droits de l’homme. Liu Xiaobo était un homme d’une intelligence acérée, pétri de principes, d’esprit et avant tout d’humanité », a réagi Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Source: lemonde.fr

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